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Susan Hayter : « L’expérience récente du télétravail a révélé de profondes fractures »

Image par Gan Khoon Lay/Noun Project.

23 juin 2020.

Dans sa note « Travailler autrement: Comment le COVID-19 pourrait changer l’avenir du travail », Susan Hayter, conseillère technique principale sur l’avenir du travail à l’Organisation du Travail (OIT), alerte sur les profondes fractures révélées par l’expérience récente du travail à distance. À la veille du sommet mondial de l’OIT sur « Le COVID-19 et le Monde du Travail », Susan Hayter invite les pays à renforcer les fondements de sociétés justes, les principes de solidarité et les processus décisionnels démocratiques.

« Travailler autrement: Comment le COVID-19 pourrait changer l’avenir du travail », par Susan Hayter, conseillère technique principale sur l’avenir du travail à l’Organisation du Travail (OIT) :

« Avant la pandémie, il y avait déjà beaucoup de discussions autour des répercussions de la technologie sur l’avenir du travail.

À mesure que les restrictions sont levées, tout le monde se demande si ce changement dans nos habitudes de travail va devenir la «nouvelle normalité».

Quelques grandes entreprises des économies développées ont déjà fait savoir que ce qui n’était jusqu’ici qu’un vaste projet pilote non planifié – le télétravail à distance ou le travail à domicile – allait devenir la norme en matière d’organisation du travail. Les salariés n’ont plus besoin de se déplacer pour se rendre au travail, à moins qu’ils ne choisissent de le faire.

C’est peut-être un bon motif de se réjouir, pour les gens comme pour la planète. Mais l’idée de mettre fin à «la vie de bureau» est sans doute exagérée. L’OIT estime que, dans les pays à revenu élevé, 27 pour cent des travailleurs pourraient travailler depuis leur domicile, car le type d’emploi qu’ils occupent et le fait qu’ils ont accès à la technologie et aux infrastructures de télécommunications le permettent. Or, cela ne signifie pas qu’ils continueront de travailler à distance.

A mesure que les pays lèvent les restrictions, la question est de savoir comment récolter les bénéfices de cette expérience de travail à distance – pour les employeurs et les travailleurs – sans pour autant perdre la valeur sociale et économique du travail en tant que lieu physique. Comment notre expérience peut-elle éclairer la façon de nous adapter à un avenir proche?

Le travail à distance présente des avantages, mais aussi des inconvénients.

Avant la pandémie, il y avait déjà beaucoup de discussions autour des répercussions de la technologie sur l’avenir du travail. Le message de la Déclaration du centenaire de l’OIT pour l’avenir du travail , adoptée en juin 2019, est clair: l’avenir du travail n’est pas prédéterminé, c’est à nous de le façonner.

Cet avenir est arrivé plus tôt que prévu, car de nombreux pays, entreprises et travailleurs se sont tournés vers le travail à distance pour enrayer la transmission du COVID-19, ce qui a radicalement changé notre façon de travailler. Les réunions virtuelles à distance sont désormais monnaie courante, et l’activité économique s’est intensifiée sur toute une série de plateformes numériques.

A mesure que les restrictions sont levées, tout le monde se demande si ce changement dans nos habitudes de travail va devenir la «nouvelle normalité».

Quelques grandes entreprises des économies développées ont déjà fait savoir que ce qui n’était jusqu’ici qu’un vaste projet pilote non planifié – le télétravail à distance ou le travail à domicile – allait devenir la norme en matière d’organisation du travail. Les salariés n’ont plus besoin de se déplacer pour se rendre au travail, à moins qu’ils ne choisissent de le faire.

C’est peut-être un bon motif de se réjouir, pour les gens comme pour la planète. Mais l’idée de mettre fin à «la vie de bureau» est sans doute exagérée. L’OIT estime que, dans les pays à revenu élevé, 27 pour cent des travailleurs pourraient travailler depuis leur domicile, car le type d’emploi qu’ils occupent et le fait qu’ils ont accès à la technologie et aux infrastructures de télécommunications le permettent. Or, cela ne signifie pas qu’ils continueront de travailler à distance.

A mesure que les pays lèvent les restrictions, la question est de savoir comment récolter les bénéfices de cette expérience de travail à distance – pour les employeurs et les travailleurs – sans pour autant perdre la valeur sociale et économique du travail en tant que lieu physique. Comment notre expérience peut-elle éclairer la façon de nous adapter à un avenir proche?

Le travail à distance présente des avantages, mais aussi des inconvénients.

La transition vers le travail à distance imposée par la pandémie a permis à de nombreuses entreprises de poursuivre leurs activités tout en assurant la sécurité et la santé immédiates de leurs salariés. Elle confirme ce que des études ont montré, à savoir que, dans un ensemble de circonstances appropriées – un bureau à domicile opérationnel, l’accès à des outils collaboratifs et une organisation du travail prévisible –, le télétravail à distance peut se révéler tout aussi productif.

Ceux qui ont pu opérer la transition vers le télétravail durant la crise sanitaire ont eu l’occasion de partager leurs repas en famille. Le travail est devenu instantanément centré sur l’être humain pour permettre de concilier l’école à la maison et la nécessité de s’occuper des enfants et des personnes âgées.

Or, pour les personnes travaillant à domicile, la limite entre le temps consacré au travail et le temps consacré à la vie privée devient floue, augmentant le stress et les exposant à des risques pour leur santé mentale . Pour bon nombre d’entre elles, le passage au télétravail durant la crise sanitaire a aggravé le sentiment d’isolement et la perte d’identité et d’objectif. Les salles virtuelles, si elles permettent d’assister aux réunions en tenue décontractée, ne sauraient remplacer la valeur sociale du travail ni la dignité et le sentiment d’appartenance que nous en retirons.

Face à un ralentissement économique et à la hausse des chiffres du chômage, il existe des possibilités d’entreprendre des consultations sur la meilleure façon de tirer parti de ces adaptations pour réaliser des économies, améliorer la productivité et sauver des emplois. Cela peut se traduire par une réduction de la semaine de travail ou des modalités de partage du travail pour éviter les congés en période de vaches maigres. De nouvelles politiques doivent être négociées avec les représentants des syndicats, lorsqu’il en existe, pour parvenir à un juste équilibre.

La transformation numérique du travail et la possibilité de travailler à distance favorisent également l’intégration, en permettant aux travailleurs plus âgés et plus expérimentés de prolonger leur vie professionnelle – aux conditions qu’ils auront eux-mêmes fixées –, et en offrant des possibilités de travail aux personnes vivant dans des communautés rurales ou en dehors des zones métropolitaines, ce qui réduit une polarisation des revenus géographiquement déterminée.

Dans le même temps, l’expérience récente du travail à distance a révélé de profondes fractures. Les personnes appartenant aux catégories à revenus élevés pourront choisir de poursuivre le télétravail à l’avenir, tandis que celles qui sont situées dans les tranches de revenus les plus basses n’auront pas d’autre choix que de continuer à faire les déplacements domicile-travail et, de ce fait, à manquer de temps.

Nous devrions être conscients que, de tout temps, les chocs économiques, les pandémies et les guerres ont exacerbé les inégalités.

La question est de savoir si, cette fois-ci, il s’agit d’un changement radical qui entraînera davantage d’instabilité politique et sociale, ou d’un choc qui nous incitera à renforcer les fondements de sociétés justes, les principes de solidarité et les processus décisionnels démocratiques qui mèneront les sociétés, les marchés du travail et les lieux de travail sur la voie de l’égalité. »

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