Travail. La crise du Covid-19 a aggravé les inégalités femmes/hommes

Image Jack Made/Noun Project.

18 juin 2020

Le confinement lié à la pandémie de covid-19 a entraîné l’arrêt du travail pour une partie des actifs et son réaménagement pour d’autres. La diffusion du télétravail n’a pas touché de façon égale les différentes professions. Les conditions de vie des femmes et des hommes à la maison, comme celles des enfants, n’ont pas été affectées de la même façon d’une catégorie sociale à l’autre.

Selon les analyses des résultats de l’enquête Coconel « Logement et Conditions de vie », par la chercheuse Anne Lambert et ses collègues de l’Institut national d’études démographiques (Ined), la pandémie de Covid-19 a modifié les conditions de travail des Français, bouleversé l’usage du logement et renforcé les inégalités de sexe – au risque de se transformer en effets structurels sur le long terme.

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Ainsi, les cadres, qui ont plus souvent gardé leur emploi, ont massivement basculé en télétravail avec le confinement au contraire des autres catégories sociales. Pour les femmes, la crise sanitaire et désormais économique a nettement dégradé leur situation : elles ont plus souvent perdu leur emploi et leurs conditions de travail sont moins bonnes que celles des hommes. Si le télétravail recouvre des réalités différentes, il s’accompagne plus souvent d’une dégradation des liens avec les enfants.

Emploi : le décrochage des femmes et des catégories populaires

Parmi l’ensemble des actifs qui occupaient un emploi au 1er mars 2020, 30% étaient à l’arrêt deux mois après et 70% travaillaient encore – dont 41% depuis leur domicile et 59% à l’extérieur. Qui ont subi les premiers les conséquences économiques de la pandémie ? Dans quelles conditions les Français ont-ils continué à travailler, selon leur sexe et leur catégorie socioprofessionnelle ?

Que ce soit en termes d’emploi ou de conditions de travail, les cadres apparaissent davantage épargnés par la crise que toutes les autres catégories sociales. 86% d’entre eux poursuivaient leur activité professionnelle lors de la 7e semaine de confinement (date de l’enquête), dont les deux tiers en télétravail. Si les professions intermédiaires continuent massivement à travailler (80% d’entre elles), elles exercent plus souvent leur activité à l’extérieur du domicile (48 %). Les employés et les ouvriers apparaissent quant à eux les plus touchés par la crise : ils sont 42% et 43% à ne plus travailler début mai 2020(1). En outre, quand ils travaillent, c’est presque toujours sur site, où l’exposition à l’infection est plus grande : c’est le cas de 73% des employés et 97% des ouvriers encore en emploi deux mois après le début du confinement. Le travail à distance, et la flexibilité horaire qui l’accompagne, sont surtout le fait des cadres pour qui l’essor des technologies numériques a induit une évolution majeure des manières de travailler.

Parmi celles qui étaient en emploi au 1er mars 2020, deux sur trois seulement continuent de travailler deux mois plus tard, contre trois hommes sur quatre. Quand elles sont en emploi, les femmes sont autant en télétravail que les hommes, mais leurs conditions diffèrent. La pratique du télétravail révèle en réalité des inégalités plus profondes de conditions de vie, qui se déploient au domicile et dans la sphère privée.

Plus souvent entourées d’enfants (48% des femmes en télétravail vivent avec un ou plusieurs enfants au moment du confinement, contre 37% des hommes), les femmes disposent moins souvent d’une pièce à elles. En moyenne, un quart des femmes télétravaillent dans une pièce dédiée où elles peuvent s’isoler contre 41% des hommes : la plupart du temps, elles doivent partager leur espace de travail avec leurs enfants ou d’autres membres du ménage. Les écarts entre les sexes atteignent des niveaux maximaux au sein du groupe des cadres : 29% des femmes cadres disposent d’une pièce spécifique dédiée au travail contre 47% des hommes cadres. Au sein du groupe des professions intermédiaires, également concernées par le télétravail, les écarts sont moindres, les femmes étant 25% et les hommes 37% à disposer d’une telle pièce.

L’emploi s’est rétracté fortement en France deux mois après le début de la pandémie de covid-19, affectant en premier lieu les moins diplômés et les précaires, comme à chaque grande récession dans l’Histoire. Apparu sous une forme nouvelle, le télétravail en continu se développe massivement pour les cadres, sans que le logement ne soit toujours adapté.

C’est pour les femmes que la situation se dégrade le plus.

La pandémie et la crise économique qu’elle a engendrée accentuent les écarts avec les hommes, après un demi-siècle de réduction des inégalités entre les sexes. En définitive, la pandémie de covid-19 révèle – en même temps qu’elle les accentue – les profonds clivages qui traversent la société française en matière d’emploi comme de conditions de travail. Taux d’emploi, lieu de travail et exposition au risque sanitaire, conditions de télétravail : les indicateurs se dégradent et les écarts se creusent entre les classes sociales et les sexes.

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