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Covid-19. « La priorité aujourd’hui est et la sûreté nucléaire et la santé des travailleurs »

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7 avril 2020

Paul-André Minon, 30 ans, est agent du « service conduite » à la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly, depuis juin 2018. Il travaille en trois huit.  Durant plusieurs années auparavant, il a été automaticien à la centrale de Belleville-sur-Loire. Représentant du personnel depuis cinq ans, il siège au Comité Social Economique. Il déclare être quelqu’un « qui s’intéresse à tout, j’aime comprendre et j’aime surtout vérifier les informations que je lis ici et là. »


Vous travaillez à la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly. Quelle a été la demande de votre hiérarchie à votre égard, à celle de votre fonction, dès l’annonce du confinement ?

Paul-André Minon : Les premières demandes ont été le respect des gestes barrière et la suppression de relève telles qu’on les connaissaient. C’est-à-dire que depuis le début de la crise, les collègues se retrouvent dans différentes salles en nombre réduit. Par ailleurs, nous avons contacté nos équipes de manière à renforcer les équipes restantes et laisser certains collègues (dont moi) à domicile afin d’être en mesure de remplacer les éventuels malades rapidement.

Comment la centrale assure-t-elle la continuité de service ? Y a-t-il un plan, un protocole de crise ?

Le plan général qui a été mis en place est un schéma à deux équipes. Je m’explique, la direction a réduit l’ensemble des effectifs présents sur les sites en partageant les effectifs en deux équipes. Les deux équipes se succèdent tous les quinze jours. L’équipe qui ne travaille pas reste à la maison. Le choix des quinze jours a été pris compte tenu de la durée d’incubation du Covid-19. Pour les agents comme moi en trois huit, nous avons « fermés » temporairement deux équipes afin de répartir les agents sur cinq autres équipes. Cela permet d’avoir des collègues à la maison pour remplacer un éventuel malade au pied levé.  De cette manière, nous travaillons donc cinq jours de plus par mois.

Comment s’organisent concrètement vos journées ?

Aujourd’hui, par exemple, je suis « de réserve » et donc mes journées s’organisent autour du télétravail pour moi comme pour ma compagne. En effet, étant de réserve, je ne travaille pas sur le site, mais en tant que représentant du personnel, je me trouve très sollicité pour l’organisation du travail et pour essayer de donner le maximum d’information à mes collègues. Mes journées commencent environ à 8h30 et finissent… quand c’est fini, rarement avant 19H30. Je prends quarante-cinq minutes pour déjeuner avec ma compagne. Bien entendu, je dois également rester disponible à tout moment au cas où je doive remplacer un collègue indisponible.

Que pensez-vous qu’il faille proposer de plus ou d’autre, dans la situation actuelle, quant à votre mission ainsi qu’à celles de vos collègues ?

Je pense que nous n’avons pas assez réduit les effectifs sur les sites. La priorité aujourd’hui est et la sûreté nucléaire et la santé des travailleurs. Le lundi du confinement, le 16 mars donc, nous étions 1900 sur le site, le 20 mars 484, mais le 26 nous sommes 632… Par ailleurs, il nous manque aussi, comme à tous, du gel hydroalcoolique.

Vous travaillez pour une industrie très attaquée, rejetée, controversée, dans un moment où la pollution atmosphérique engendrée par les énergies fossiles est la cause, selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, de millions de morts chaque année. Par ailleurs, 60% des Français croit que l’énergie nucléaire participe au dérèglement climatique, dans le moment où le réchauffement de notre planète va, entre autres choses, libérer du permafrost et par conséquent très probablement d’autres virus, quelle politique énergétique, là, tout de suite puis à long terme, selon vous ?

Je pense que la volonté de diversifier les sources d’énergie est une bonne idée. Cependant, pour réduire la part du nucléaire nous avons deux grandes solutions. Soit, nous fermons des réacteurs, soit nous construisons d’autres moyens de production (renouvelable par exemple) afin d’augmenter notre capacité de production. Actuellement, nous avons choisi de fermer des réacteurs en prenant en compte le fait que notre besoin en électricité va stagner d’ici à 2050 et que, par conséquent, nous pourrions nous priver de la puissance apportée par l’énergie nucléaire. Je crois que c’est une grosse erreur. En effet, lorsque l’on voit tous les usages de l’électricité, il me paraît aberrant de dire que nos besoins vont stagner. Je crois, au contraire que notre consommation va augmenter dans les années à venir. Par ailleurs, le parc nucléaire vieillit et il faut envisager son renouvellement. Je crois que nous devrions développer les énergies renouvelables lorsque cela peut être fait et lorsque le coût écologique n’est pas plus fort que le charbon ou le fioul et que, nous devrions renouveler notre parc nucléaire par la construction de nouveaux réacteurs. Il ne faut pas oublier que la production nucléaire est une garantie de stabilité de notre production. Les énergies renouvelables ne permettent pas de fournir une électricité aussi stable que celle fournie par le nucléaire et les appareils électroniques ont besoin de beaucoup de stabilité pour fonctionner. Pour finir et pour illustrer mon propos concernant le développement des énergies renouvelable en s’assurant du coût pour la planète, il y a l’exemple des voitures électriques. On sait aujourd’hui que la fabrication d’une voiture électrique a produit autant de CO2 que la fabrication d’un diesel qui aurait parcouru plus de 100 000km de consommation. Ce qui veut dire qu’avant de rouler son premier kilomètre, la voiture électrique a un « retard » de 100 000km sur le diesel. Il faut à tout prix s’assurer que ce n’est pas le cas des énergies renouvelables.

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