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Les premières « Rencontres du travail » de Lyon

Jean-Philippe Milesy a interviewé Agnès Naton, Secrétaire régionale Auvergne-Rhône-Alpes de la CGT, à l’occasion des « Rencontres du Travail » qui se tenaient les 8 et 9 octobre 2021 à Lyon.

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Malgré la collision de dates avec les Journées d’Histoire de Blois consacrées cette année au travail, les premières Rencontres du Travail, organisées à l’initiative d’Emmanuel Dockes par l’Université Lumière de Lyon (Institut d’études du travail, Institut de formation syndicale, Centre de Recherche Critique sur le Droit) au Palais de la Mutualité lyonnaise, ont connu un réel succès très mérité au demeurant.


Parler de droit renvoie généralement à des exposés austères, à d’ardus commentaires d’arrêts. Rien de cela durant les trois demi-journées du colloque. Il se structurait en six grands thèmes : « Les nouvelles menaces des nouveaux mondes », « Résistance et contre-pouvoirs », « Nouvelles servitudes », « Genres, inégalités et discriminations », « Contreparties et coûts du travail » et enfin « Libérations prétendues et pouvoirs cachés ».
Pour chaque thème, il y avait de quatre à cinq contributions, volontairement limitées à sept minutes, qui permettaient d’aborder chaque question selon des regards croisés et complémentaires sans les « tunnels » souvent propres au genre et de dégager des temps pour les échanges avec la salle. Un regret peut-être, mais il s’agissait d’une première, les contributions étaient le fait de juristes, sociologues, quelques professionnels du droit tandis que celles et ceux qui de la salle intervinrent étaient salariés et syndicalistes : ceux-là même qui subissent au quotidien les situation décrites et qui peuvent pour bon nombre se considérer comme des « spécialistes ».

Sur le fond, j’ai voulu savoir ce qu’Agnès Naton, responsable régionale de la CGT, retenait des échanges.

Que retiens-tu de ces deux jours de Colloque ?
Ces deux journées intitulées « Rencontres du travail » ont été l’occasion d’écouter des universitaires montrer les leviers juridiques à mobiliser face à un certain nombre de bouleversements importants qui s’opèrent dans le travail et auxquels le monde du travail et le syndicalisme sont confrontés au quotidien.

De ces bouleversements lesquels te paraissent les plus inquiétants ?
Les thématiques abordées lors des six tables rondes ont été d’un apport fort intéressant, mais j’en retiendrais deux :
En premier lieu, ans la table ronde intitulée « les nouvelles menaces des nouveaux mondes » les nouvelles technologies sont souvent accusées de menacer le travail humain et l’emploi. Les différents éclairages nous ont fait prendre conscience à quel point l’essor de ces technologies devenaient des outils de surveillance, mais plus encore, des outils de contrôle absolu des process de travail et des conduites des personnes, à l’exemple du modèle post ou hyper tayloriste en vogue chez Amazon et du développement de la gestion algorithmique.
En second lieu, celle abordant « libérations prétendues et pouvoirs cachés » a fait émerger les discours et méthodes managériales utilisées pour réduire à presque rien la subordination afin de falsifier les modes de soumissions des travailleur-euse-s aux fins exclusives de l’entreprise et de sa rentabilité. Les échanges ont permis de se réinterroger à partir de l’intervention de Ludovic Rioux, secrétaire du syndicat CGT des livreurs à vélo de Lyon, l’enjeu pour le syndicalisme de réinventer avec ces travailleurs précarisés les organisations collectives et les rapports de force à développer.

De prochaines Rencontres ne devraient-elles pas accueillir des syndicalistes parmi les intervenants ? N’est-ce pas là un manque de reconnaissance des savoirs constitués par les luttes et les pratiques syndicales ?
Oui j’ai été surprise par l’absence, à une exception près, d’intervenants issus du monde syndical. D’autant que nous le savons un important travail sur le travail a été mené au sein de plusieurs confédérations ces dernières années, et que de nombreuses actions posant explicitement les enjeux du sens, des valeurs et de la finalité du travail sont à l’œuvre. Cette absence syndicale a certainement accentué le déficit de réflexion pluridisciplinaire dans la reconnaissance des situations de travail et leur transformation dans l’intérêt du monde du travail et du bien commun
Pour cela, des dynamiques de partage sont à penser et à inventer à partir des évolutions en cours, dans une pluralité d’apports de pensées et d’actions, de savoirs et de connaissances partagés.
C’est du reste l’objectif de l’œuvre révolutionnaire de Marcel David, professeur de la deuxième chaire d’histoire du droit, lorsqu’il crée l’Institut du Travail de Strasbourg, en 1955. Construire une alliance entre l’Université et le mouvement ouvrier, car ils sont pour lui « les seules forces sociales capables d’impulser des transformations d’envergure ».

Dans le public, les jeunes femmes étaient majoritaires. Faut-il en déduire que salariées ou étudiantes, elles montrent plus de sensibilité aux droits et à la justice ?
Effectivement, et c’est à souligner les tribunes étaient à parité et le public très jeune et très féminin. La sur-féminisation des métiers du ministère de la justice constitue une réalité incontestable et qui s’accroît. Si la tendance se poursuit, les femmes représenteront 75 % des magistrats en 2037. Le phénomène de féminisation de la justice s’intègre dans un phénomène plus large de féminisation des professions, mais nous ne pouvons pas nier que cet engagement des femmes dans les études et métiers du droit a à voir avec le combat des femmes d’être l’égal des hommes au travail et dans la sphère personnel et familial. La politique d’égalité entre les femmes et les hommes est désormais considérée comme une politique publique à part entière, mais il serait temps que les actes suivent.

Les Rencontres du Travail

Image Mike Ramírez / Pixabay.

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