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« Nous ne voulons plus de grands événements sportifs organisés sur les cadavres des travailleurs »

Dans le cadre de la journée mondiale de la Santé et la Sécurité au Travail, Nicolas Bonnet-Oulaldj, membre de la commission sports et président du groupe communiste & citoyen du Conseil de Paris, a bien voulu répondre à nos questions, lors du rassemblement du 28 avril 2022 devant le ministère du Travail.
Propos recueillis par Cédric Porte.

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Quels éléments avez-vous concernant les accidents du travail sur le chantier des Jeux Olympiques de Paris ?

On ne compte à ce jour, aucun mort à proprement parler sur les chantiers des Jeux Olympiques de Paris 2024, mais il y a eu plusieurs personnes blessées. Le 24 janvier notamment, un ouvrier a été grièvement blessé sur le chantier à Saint-Denis. Un véhicule lui a roulé dessus à la suite de quoi il a perdu l’usage de ses deux jambes.  Et, même si ce n’est pas strictement un chantier des Jeux Olympiques, le métro Grand Paris Express a vocation à être terminé en vue de 2024. Sur le chantier à Saint-Denis, le 5 janvier dernier un homme est mort à cause d’une chute de matériel. Quelques temps auparavant, un autre travailleur avait déjà trouvé la mort sur le chantier après avoir chuté dans une cuve profonde de 30 mètres. 

Comment améliorer la sécurité et la prévention sur de tels grands chantiers ? On assiste aussi au manque de contrôle sur les chantiers qui permettrait de faire remonter les défaillances et d’assurer la sécurité des employés. Plusieurs syndicats français et internationaux dénoncent l’impossibilité de visiter les chantiers en cours concernant les JOP 2024 : les Organisations syndicales ne peuvent pas savoir quelle société travaille sur tel ou tel chantier et n’ont aucune information sur les travailleurs détachés. Il y a aussi les retards sur les chantiers du Grand Paris Express (3 à 8 mois) et sur les chantiers des JOP 2024 qui obligent différents corps de métiers à intervenir en même temps afin d’accélérer leurs interventions afin de tenir les délais. Cette accélération est un danger supplémentaire pour les ouvriers.

Quelles seraient les mesures à prendre immédiatement pour protéger les travailleurs ? Garantir la sécurité au travail et cela passe par leur donner du matériel adéquat, assurer des horaires corrects qui ne seraient pas basés sur la rentabilité, les poussant à faire plus d’heures. Moussa Gasssama est mort début février en nettoyant les vitres du CASVP (Centre d’Action Sociale de la Ville de Paris). Il aurait glissé, mais pourquoi s’est-il retrouvé à travailler dans des conditions si difficiles de nettoyage en un temps ultra contraint ? Il faudrait aussi multiplier des contrôles et, pour cela, ouvrir les chantiers aux organisations syndicales. L’inspection du travail doit être saisie !

Comment la France se situe-t-elle par rapport à ses homologues européens ? Chaque année dans le monde, deux millions de personnes meurent du fait de leur travail. Si l’Asie est le continent le plus touché, l’Europe n’est pas épargnée avec plus 200 000 personnes qui trouvent la mort suite à un accident ou une maladie professionnelle. 

Quelles sont vos propositions ? Nous ne voulons plus de grands événements organisés sur les cadavres des travailleurs. Au Qatar, les infrastructures de la Coupe du Monde se sont construites au prix de la vie de 6 500 ouvriers. Depuis 2020, ce sont 12 ouvriers par semaine, qui perdent la vie pour cet événement. Cela ne doit en aucun cas se reproduire. Nous avons porté un vœu en octobre 2021 au Conseil de Paris pour qu’un hommage soit rendu aux personnes mortes au travail, ou des suites d’un accident du travail, mais notre combat ne peut se limiter à une plaque et un hommage : nous voulons surtout que toutes les mesures soient prises pour éviter ces accidents. Nous pensons qu’il faut améliorer les conditions de travail durablement, pour éviter ces situations tragiques. La sécurité des travailleurs doit être assurée. Il faut arrêter de voir le travail dans des logiques de pur rendement, qui poussent les employés à se mettre en danger pour assurer leurs missions dans des délais très serrés imposés par l’employeur.


Image by wal_172619 from Pixabay.

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